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May 29, 2019

Ressources humaines, recrutement, formation

Le plus grand handicap c’est d’affronter le regard des autres

Le plus grand handicap c’est d’affronter le regard des autres

 

Estime de soi, confiance en soi, croyance en soi sont bien souvent des défaillances naturelles liées au handicap. D’autant plus s’il survient soudainement, ce qui a été mon cas. Avant l’accident domestique dont j’ai été victime, j’étais « un type » à qui tout réussissait. J’étais ambitieux, sûr de moi avec des convictions profondes de réussite sur tout ce que j’entreprenais. J’étais un « serial entrepreneur ». Puis l’accident est survenu ce jour de juin 2006 alors que je venais de racheter « à la barre » du tribunal de commerce une grosse entreprise industrielle en difficulté.

Gérer une PMI de soixante personnes est déjà un vrai challenge mais qui plus est à cette période où l’industrie française, quel que soit le secteur, connaissait une crise économique sans précédent. Un « quasi nettoyage ethnique du secteur » annonciateur du paysage industriel qu’on connait aujourd’hui : une perte d’un demi-million d’emplois en dix ans. Il fallait être fou pour se lancer là-dedans. Fou, je l’ai été par excès d’estime de moi, de confiance en moi, de croyance en moi.

Après un bon mois de comas, en soins intensifs à PURPAMP, Toulouse, dont dix jours passés entre la vie et la mort, je suis parti au centre de rééducation, PROPARA à Montpellier. Pendant deux mois, je n’ai bougé aucun membre, j’étais allongé sur le dos, comme « une tortue renversée sur sa carapace », 24H/24… Le seul truc qui marche, en bien comme en mal, c’est le cerveau, il fonctionne tout seul, vous jetant en pâture tous les questionnements sur votre nouvelle vie (voir prologue du livre). 

Mais si vous avez eu la chance d’avoir jusqu’à présent une vie intérieure riche, vous pouvez faire fructifier ces moments difficiles en positifs. J’ai fait face à ces instants et leurs questionnements difficiles « en prenant le taureau par les cornes » : prendre les pensées et les questions une par une, me pousser dans mes retranchements les plus blessants, oser m’introspecter… et assumer parfois la violence des réponses et solutions que je pouvais amener… Et à chaque fois en toile de fond, le regard des autres ! 

Le regard de la société envers les personnes porteuses de déficiences est souvent très dur. En effet, comme en parle Alexandre JOLLIEN* dans son livre « La construction de soi », dans une société où l'individualisme, la productivité et la peur de la mort sont prépondérants, « le handicap ou la maladie constituent un rappel constant de nos limites et de notre finitude. La personne handicapée fait peur, est blâmée de toutes les incapacités pour mieux pouvoir rester dans une illusion d’une vie sans limite.

Cette image d’incapacité que la société lui attribue, la personne en situation de handicap la fait sienne : je ne suis capable de rien, jamais je ne pourrai travailler ou trouver l’amour…

Pourtant, il faut laisser le handicap à sa juste place : entre déni et sur-attribution, reconnaître ses limites, sans se laisser enfermer dedans. Avoir un regard positif et tourné vers le possible. Il n’y pas de solution facile. Mais cela aide de considérer son handicap non pas comme un grand drame insoluble mais bien en le décortiquant en multiples situations-handicaps pour lesquelles il faut soit trouver une adaptation, soit les accepter ». 

Parmi les freins qui nuisent à cette nouvelle acceptation de soi, la honte face au regard d’autrui, au regard de la société. C’est une peur paralysante : notre dépendance aux normes sociales nous expose aux regards, aux jugements des autres, handicapé ou pas. Souvent, je me dis que le regard de la société envers les personnes porteuses de déficiences est dur. Je trouve que l’on vit dans une société où l'individualisme, la productivité, les standards de beauté et de performance sont trop prépondérants. 

Du coup, la honte qu’elle provoque chez les personnes ayant un simple complexe jusqu’à celle souffrant d’un handicap, provoque un fort sentiment de repli sur soi, une forte envie de disparaitre et de se soustraire à la société. Ce sentiment est encore plus fort dans le monde professionnel.

Notre statut social ne s’exprime que par notre fonction professionnelle. Nous sommes tous des cartes de visite sur pattes répondant à une norme, une standardisation des individus.

Pourquoi sommes-nous tous conditionnés par cette norme ? Pourquoi cette norme est-elle une barrière, frontière imposée par la société ?

La norme empêche toute singularité. Et la singularité, c’est l’expression du talent et de l’être.

Il m’arrive de donner des conférences en entreprise devant des managers et je les interroge dans l’introduction de la conférence sur les propos suivants au sujet des normes sociétales et dans le milieu professionnel :

« ALORS CEST QUOI LA NORME ?

« Un type » comme moi en fauteuil au milieu de vous (grands patrons, managers, cadres super actifs…), au premier coup d’œil, je ne ressemble pas à la norme ! Je ne suis pas debout sur la scène, je n’ai pas de costume-cravate, je suis engoncé dans un fauteuil électrique… Et pourtant je suis coach, manageur d’équipe, entrepreneur mais je n’ai pas vos codes physiques ! Ne fait-on pas partie du même monde pour autant ?

 

Alors de quoi parle t’on quand on parle de norme ?

Imaginez l’inverse ! vous vous retrouvez à ma place, là, ce soir, debout sur cette scène, en costume-cravate au milieu de deux cent « types » comme moi en fauteuil… Qui ne se sentira pas à sa place ? Qui sentira qu’il n’a pas le bon « dresscode » ? Qui ne se sentira pas dans la norme ? Dans quel camp sera le sentiment de honte ? » ...

Tout le monde peut avoir honte. La honte est relative aux individus et à des situations. C’est l’individu lui-même qui en donne le degré. On peut donc apprendre à mesurer son degré et son ressenti. Dans le cas qui nous concerne, créer une activité, devenir Handipreneur, la honte est liée à la peur de l’échec. C’est la peur de ne pas être dans la norme des entrepreneurs dès la création et de l’être encore moins en cas d’échec ! Pourtant, sachez-le, le risque de « se planter » est moindre que pour les entrepreneurs valides. Les chiffres de l’INSEE le prouvent*.

Donc c’est plutôt la honte de s’exposer au regard des autres avec nos défauts physiques ou intellectuels qui nous paralysent puisque nous venons d’éliminer « le risque entreprise ». Alors, handicapé, il faut avoir un double courage pour ne pas avoir peur de l’échec. Il faut être guéri de soi-même, avoir accepté son handicap, être devenu autonome, c’est-à-dire, avoir modifié son rapport à l’autre et d’abord à soi. En travaillant sur votre déni, sur vos doutes, vous vous êtes libérés de vos mauvais penchants de votre handicap dont la victimisation bien souvent entretenue par votre entourage. La méditation vous a libéré et montré la voie de vos nouvelles ressources et capacités. 

Quand on subit un handicap soudain, Il y a l’homme d’avant et l’homme d’après. Tous les repères changent, tout est bouleversé. Il faut réinventer une nouvelle vie, une autre vie, c’est une deuxième naissance.
Cette épreuve nous apprend
à décupler des ressources qui ne peuvent pas se vivre autrement que dans cet état d’immobilité physique. Cette phase entre immobilisme du corps et de l’esprit nous confronte à l’échec.  L’échec des réponses aux premières questions qui nous viennent à l’esprit. L’échec des tentatives des premiers mouvements de rééducation. L’échec de son égo face aux regards des autres, un égo ébranlé par l’image qu’on donne. Le combat que nous avons eu à mener contre nous même pour se recréer une place sociale est un long chemin qui a forgé une psychologie à toute épreuve.

Alors qui mieux que nous savons jusqu’où nous pouvons aller ? Qui mieux que nous peut le faire ? Qui mieux que nous sait repousser ses limites ?  

Je vous le dis : « Entrepreneur handicapé : plus qu’une drôle d'idée, c'est possible ! ».

Les qualités que demande une entreprise à son dirigeant sont déjà en nous. Nous avons l’habitude d’un « grand huit émotionnel ». Nous sommes conscients que nos sociétés sont tournées vers le matérialisme et ses apparences. L’individualisme associé à la performance fragilisent les individus. Nous avons appris à traverser ce monde en gérant la partie friable en chacun de nous : l’émotionnel. Nous sommes passés par l’examen de conscience, l’acceptation de ce que nous sommes devenus, l’autocontrôle face au regard des autres et sur ces bases : la construction d’un nouveau moi avec une conscience du présent et un sentiment de puissance face à l’adversité. Nous avons connu le pire et nous l’avons surmonté. Faisons de notre mieux. Notre avenir ne peut-être que fécond que notre croyance en nous, que de nos talents, que de nos efforts.

Jean-Philippe Murat

Les Handipreneurs

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